Avec la sagesse ad gentes

 Les frontières que nous construisons ou  brisons jour après jour

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L'onde de choc suscitée par les drames récents survenus en Méditerranée, avec la mort de centaines de personnes noyées à la porte de l'Europe, est arrivée jusqu'en Equateur. Et c'est nécessaire. La mort de ces êtres humains justifie qu'on s'émeuve, qu'on en parle, qu'on agisse ...
Cela nous a fait réfléchir a partir de notre réalité, car dans notre communauté de Filles de la Sagesse de Quito, nous côtoyons les migrants de près, avec deux parmi nous travaillant directement au service des refugiés et des migrants et toute la communauté impliquée de diverses manières. Ici ces personnes sont colombiennes et haïtiennes dans leur majorité, mais aussi afghanes, syriennes, nigériennes, cubaines...

Y aurait-il, dans ce domaine comme dans tant d'autres, des candidats à l'immigration de première et de seconde classe ?

Entend-on parler, en Europe, de ceux qui périssent en terre latino-américaine dans l'effort pour trouver un avenir meilleur? Qui entend parler, en France, des morts à la frontière mexicaine, dont le chiffre est évalué à un ou deux par jour en moyenne? Qui est au courant, en Europe, des routes de migration forcée, qui partent de l'Equateur et d'autres pays de la zone pour arriver au Chili et au Brésil, les lieux les plus recherchés, et qui sont chaque fois plus longues, précaires et dangereuses car les lois sont de plus en plus restrictives dans tous les pays de la zone.? Qui connait là-bas les abus et mauvais traitements que ces personnes endurent au cours de leur dangereux voyage ?
Les limites de territoire sont devenues un signe de pouvoir entre les êtres humain. Le pays le plus grand, la commune la plus riche, la maison la plus confortable... où ceux du « dehors » n'ont pas accès. Les frontières alors, ne sont pas seulement celles qui divisent les pays sur la carte, mais aussi et surtout celles que nous construisons pour nous séparer des autres, pour délimiter notre territoire, pour nous isoler. Les frontières sont celles que je dresse dans mon cœur, à l'intérieur de moi.
En désignant « nos territoires » nous éloignons les autres et nous travaillons pour ce qui est à nous. Cette métaphore, nous la trouvons dans notre vie quotidienne et elle est consacrée à grande échelle par les états qui élaborent les lois restrictives qui aboutissent au drame à grande échelle de la mort des migrants.
Nous parlons d'un Equateur qui est pour les "équatoriens", d'une France qui serait pour les "français". Comme si nous existions sur des planètes différentes les uns les autres. Nous oublions de parler d'êtres humains, d'êtres égaux. Nous donnons à tout le monde des caractéristiques : argentin, grand, ingénieur, femme, indigène, musulman, professionnel, étranger, breton etc... Nous reconnaissons les personnes pour ce qui les définit avant de les reconnaitre pour ce qu'elles sont en premier: des personnes.
D'un autre coté, il y a des personnes qui brisent les frontières de leur cœur et sont capables de regarder l'autre comme un égal. D´autres sont capables de voyager très loin pour aller tendre la main à des personnes qu'ils ne connaissent pas. Ils pratiquent l'hospitalité.

L'hospitalité n'est pas en elle-même une politique. C'est d'abord une culture si on veut bien désigner par ce terme un ensemble de manières de faire, d'être et de penser qui peuvent être mises en œuvre n'importe quand et n'importe où, en dehors de la politique, mais toujours en une pratique. Je ne sais rien de celui que j'accueille, seule la rencontre est ce qui accomplit l'hospitalité, la fait exister.... Opérant contre l'enfermement personnel et contre le repli sur soi, l'hospitalité est une condition de la vie, tout comme l'altérité est une condition de l'identité.
Dans sa lettre au SJR, l'ONG pour laquelle je travaille à Quito, le P. Adolfo Nicolas a défini l'hospitalité comme « cette valeur profondément humaine et chrétienne qui répond à la demande de quelqu'un, non pas parce qu'il ou elle est un membre de ma famille ou de ma communauté, ou de ma race, ou de ma confession religieuse, mais simplement parce qu'il ou elle est un être humain qui a besoin d'accueil et de respect. C'est la vertu du Bon Samaritain, qui a vu dans l'homme au bord de la route, non pas quelqu'un d'une autre race, mais un frère dans le besoin. »
C'est une invitation à ouvrir nos portes, nos frontières, sans peur de l'autre, simplement parce que tout être humain mérite d'être accueilli. « J'étais un étranger et vous m'avez accueilli » dit l'évangile en toute simplicité. « Aimons d'un amour immense, l'amour n'est point limité », nous invite le P.de Montfort dans son Cantique 149.

Cet appel se fait de plus en plus urgent, dans la mesure où l'hospitalité disparait dans le monde d'aujourd'hui, caractérisé par le durcissement des lois et des politiques migratoires, la fermeture des frontières et l'intolérance contre les étrangers, paradoxalement ceux qui ont le plus besoin d'assistance et de protection.
L'invitation qui nous est faite est d'identifier les frontières que nous avons établies dans nos vies et les démolir. Ces sont ces clôtures imaginaires qui nous distancient tant les uns des autres, qui nous empêchent de voir au-delà, de connaître d'autres réalités et de créer des liens de solidarité "les yeux fermés".
Ces frontières sont dans notre imagination, et doivent être éradiquées du cœur.
L'hospitalité ouvre des frontières. Dans un monde aux frontières fermées, donnons le témoignage de l'hospitalité ! Bienvenue dans le monde que nous rêvons !

 

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